Ma traversée Tenerife-Dakar

Mardi 27/10, je quitte Santa Cruz par vent d’ouest faible. Je longe la côte SE de Tenerife. Le mont Teide ne se dévoilera pas encore aujourd’hui, le plafond nuageux sur l’île le cache. Les trois premières journées de navigation se déroulent sans événement notable. Le vent est faible mais il est favorable et me pousse gentiment vers la côte africaine. Je savoure avec mon équipage ces journées, sachant que la suite sera plus sportive.

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4ème jour
A 5h40 une alarme se déclenche, elle avertit que les batteries sont faibles. Il faut démarrer le moteur pour les recharger. Philibert, le pilote, est gourmand en énergie et la nuit, l’éolienne, par vent arrière, ne compense pas la dépense.
A 7h le moteur cale. Gérard est perplexe mais il trouve rapidement la cause. Le premier des filtres à gasoil est saturé par des dépôts. A 9h le filtre est changé, il était vraiment sale.

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Ce n’est pas la faute du capitaine qui prend soin de filtrer le gasoil à chaque remplissage et de le traiter contre les bactéries. A 10h, après avoir été réamorcé, le moteur redémarre. Les efforts sont récompensés par la prise d’une bonite qui assure ainsi le repas du midi en chair fraîche.
L’après-midi Gérard se penche sur les réglages de Hans, le régulateur d’allure. Il déplace les taquets-coinseurs sur la barre franche ainsi que les poulies pour atténuer les frottements. Hans ne fait plus d’embardées. S’il maintient bien son cap, nous pourrons lui faire confiance et le problème d’énergie sera ainsi résolu.
5ème jour
Durant la nuit, le vent s’est renforcé ( 20 à 25 nœuds). J’avance sous trinquette et GV à deux ris. A 9h, Gérard décide de prendre le troisième ris. Les rafales dépassent les 30 nœuds et la vie à bord devient plus difficile. Mon skipper trouve que je me comporte bien dans cette mer formée. Le mousse n’est pas à l’aise. Elle doit se cramponner pour se déplacer. Cuisiner est une acrobatie qu’elle abandonne rapidement. Chacun se contente de grignoter ce qui lui plaît. Tous les hublots sont fermés mais, à l’intérieur, l’air reste respirable. Hans fonctionne à merveille depuis les derniers réglages.
6ème jour
Toute la nuit, j’ai filé sous GV à 3 ris et trinquette tangonnée. J’ai bien progressé avec ces mouchoirs de poche. A 9h Dakar n’est plus qu’à 200 milles.
Je navigue à 100 milles de la côte africaine. Entre elle et moi, l’AIS signale de nombreux cargos. Je préfère m’écarter de ces mastodontes.

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Le vent souffle toujours à 25 nœuds et la mer me malmène. Le dernier grib, pris avec l’iridium, annonce 10 nœuds pour demain, le rêve !
En fin de journée mon pêcheur ramène deux thons de 3kgs environ.
7ème jour
Durant la nuit, le vent faiblit jusqu’à me lâcher complètement. La pulsion de Yanmar et le remplacement de Hans par Philibert me permet de garder le cap au sud à 5,5 nœuds. J’ai retrouvé ma stabilité et les déplacements s’en trouvent facilités. Les lignes retrouvent l’eau dès le lever du jour. Une chasse de thons passe à mon arrière mais Gérard n’a le plaisir que de ressentir la tension brutale du fil. La touche est repartie avec le leurre. Plus tard trois belles daurades coryphènes se font piéger.

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Le garde-manger est plein, les lignes sont rangées. L’attention du capitaine se porte sur le spi, la grande voile ballon qui se déploie à l’avant. Bien malgré moi, j’ai embarqué trois passagers clandestins : un grillon, un criquet et un rouge-gorge très familier. Il vient picorer dans les mains et se pose parfois sur l’épaule du skipper.

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8ème et dernier jour
La nuit a été très calme. Notre compagnon est reparti au petit matin en laissant une plume sur mon pont comme souvenir de son bref passage. Afin d’arriver de jour à Dakar j’avance sous voile réduite à 2,5 nœuds de moyenne. La côte se détache à l’horizon. La visibilité est réduite par la présence d’une légère brume. Je croise quelques pêcheurs sur leurs pirogues à moteur. A 9 h, Yanmar reprend du service. Je longe l’île des Madeleines puis le cap Manuel et l’île de Gorée où les esclaves étaient emprisonnés avant leur départ vers l’Amérique.

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La baie de Hann s’étale devant moi. Je me dirige prudemment vers un mouillage où j’aperçois quelques confrères. Je suis arrivé devant le CVD ( Club de Voile de Dakar ), lieu d’accueil pour les bateaux voyageurs et leur équipage.
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