Ile de Sao Nicolau

Sao Nicolau

Mardi 22 décembre :
Durant ces 90 milles de traversée, mes équipiers ont pu tester le nouveau rythme de quarts. A trois, ils font désormais des quarts de 2h, séparés par des périodes de repos de 4h. Mon skipper est, bien entendu, susceptible d’être parfois réveillé pour résoudre un quelconque problème. Il est difficile, après une seule nuit, de tirer une conclusion.
A 8h, j’atteins la pointe Est de Sao Nicolau. L’île s’avère aussi aride que Sal mais son relief est élevé et deux pics dépassent les 1000m. La brume de sable donne un aspect irréel à l’ensemble. A la pointe Sud, je suis accueilli par un venturi avec des rafales à 27 noeuds. La remontée de la côte Ouest, jusqu’au port de Tarrafal, se fait au moteur pour éviter de tirer un grand bord.
La zone de mouillage n’est pas protégée. Elle se situe au fond d’une baie ouverte à l’ouest, face au village qui est surplombé par une falaise entourée de deux vallées. La topographie des lieux incite mon capitaine à dérouler 45m de chaîne pour assurer la tenue de mon ancre. La suite nous dira si cette décision était sage. Le voilier anglais Iris, arrivé peu de temps avant moi, a préféré repartir. Son ancre n’accrochait pas.
Il est midi, l’heure du repas, puis celle de la sieste. Dans l’après-midi, un jeune capverdien arrive à la nage. Il s’appelle Francili et parle couramment le français. Il se propose comme guide pour nous faire découvrir son île. Il prend 10€ par personne. Affaire conclue pour la journée de demain, rendez-vous à 8h30. Et il repart comme il est venu…à la nage (l’annexe étant encore amarrée sur le pont).

.

.

Le reste de la journée est consacré à un repérage des commerces dans le village. L’eau douce est gratuite, elle vient de la montagne et sa qualité est reconnue. On a du mal à le croire tant la bande côtière est aride et érodée. Ce sera la découverte de demain.

DCIM100GOPROGOPR0392.
Mercredi 23 décembre : Journée excursion
Contrairement à Sal, Sao Nicolau est une île très montagneuse. La partie ouest, dont la forme rappelle le continent africain, est dominée par le mont Gordo, 1300m d’altitude. Je l’aperçois de mon mouillage. Il est toujours orné d’une petite couronne de nuages qui se détache sur le fond quasi perpétuel de ciel bleu.
Le littoral est escarpé et aride mais, passée la chaîne montagneuse, des plantations en espaliers apparaissent. Aux petites parcelles de maïs, utilisé essentiellement dans la cachupa, succèdent des cultures plus variées.

DCIM100GOPROGOPR0419.
L’aluguer s’arrête au village de Cachaço pour laisser descendre mon équipage et son guide. Le fond de l’air est frais sur les hauteurs. Nos randonneurs sont partis pour 2h de descente en suivant un chemin soigneusement pavé. Ils s’arrêtent un moment devant la vue qui s’offre à eux. Au fond d’une grande vallée verdoyante se profile la ville de Ribeira Brava. Le paysage est époustouflant.

P1060540

La pente du sentier est raide. Les premières maisons apparaissent entourées de jardins étagés où poussent des légumes. Les épis de maïs ont été récoltés et leurs tiges servent de tuteurs aux lianes de haricots en fleur. Pas une seule parcelle est inoccupée.

P1060553

Heureusement, en s’approchant de la ville le terrain devient plus plat, car les mollets commençaient à se raidir douloureusement.

P1060546
Ribeira Brava est une ville coquette avec ses jolies maisons colorées, sa cathédrale, ses places fleuries.

P1060570

P1060574

DCIM100GOPROGOPR0422.

Une falaise la surplombe. Elle est traversée par un torrent canalisé, à sec en cette période mais dont le débit doit être impressionnant en temps de pluie.

P1060567

La promenade se poursuit en aluguer jusqu’au village de Preguiça, situé sur la côte sud de l’île. C’est un village isolé  qui vit essentiellement de la pêche et particulièrement de la langouste.

P1060591

Il fut un temps où ce village était bien défendu. Il reste encore plusieurs canons bien conservés et toujours dirigés vers de susceptibles pilleurs.

P1060597
Le retour au mouillage se fait par l’unique route qui passe par le petit aéroport, avant de rejoindre Ribeira Brava. La route fait ensuite une grande boucle en suivant les crêtes avant de rejoindre Cachaço puis Tarrafal.
Mon skipper est soulagé de me retrouver à la même place. Partir la journée en laissant son bateau à l’ancre dans une zone mal protégée de la houle et des accélérations de vent occasionnées par le relief, est toujours sujet d’inquiétude. Aujourd’hui, la météo était propice, ils ont bien fait d’en profiter.

Jeudi 24/12 :
La nuit a été mouvementée et mon équipage a peu dormi. De fortes rafales m’ont malmené. Mon Capitaine s’est levé à plusieurs reprises pour vérifier les alignements et s’assurer que je ne chassais pas. Il a une confiance très relative en l’électronique et préfère juger par lui-même plutôt que de se fier à l’alarme-mouillage mise en sécurité.
Au petit matin se pose la question de faire route, comme il était prévu vers l’île de Sao Vicente. Le départ est, néanmoins maintenu et c’est à 8h que je quitte Tarrafal. Pas de regret à avoir. En m’éloignant de cette côte inhospitalière, le vent reste soutenu mais régulier. Voulant arriver de jour à Mindelo et étant parti avec une heure de retard, nous décidons de prendre la route la plus courte. Elle passe au vent de trois îles désertes : l’île Raso, l’île Branco et l’île Santa Luzia et me fait aborder Sao Vicente par sa côte Est. Elle me fait gagner 10 milles par rapport à celle qui passe sous le vent des îles. Je parcours les 50 milles en 8h. Dans le chenal qui sépare Sao Vicente de Sao Antao, je bénéficie d’un courant et du vent portant. Je rentre dans la baie de Mindelo. La zone de mouillage est située au fond, à proximité de la ville. Depuis quelques années une Marina accueille également les « bateaux voyageurs ». Je m’avance tranquillement vers les pontons, histoire de savoir s’il y a de la place. Un marinero me fait signe et me montre un emplacement de rêve, non loin de la capitainerie. Par chance, le vent est léger et la manoeuvre en marche arrière, pour mettre ma poupe face au ponton, se déroule de manière impeccable. Bravo mon capitaine ! Pour ta première prise de pendille, tu t’es débrouillé comme un chef !
Nous sommes le soir de Noël. De ma place, je vois les guirlandes scintiller dans les rues. Mon mousse sort d’un coffre une boîte où elle avait soigneusement rangé quelques décorations prévues à cet effet et me voilà prêt à réveillonner. La musique diffusée en ville vient parfaire cette atmosphère festive.

image