Ile de Sal

Ile de Sal

Samedi 5 décembre :

Il est 4h du matin, non 3h car il faut retarder les horloges d’une heure. J’entre dans le petit port de Palmeira de Sal (sel en portugais). Mon skipper hisse le pavillon capverdien de complaisance et le pavillon jaune qui signale que les formalités d’entrée ne sont pas encore faites. En attendant, je viens de parcourir 368 milles et une fin de nuit, au calme, est la bienvenue. Le port de Palmeira est rustique. Une digue peut accueillir, au maximum, deux petits cargos ainsi que le ferry-passagers inter-îles. Le pétrole raffiné, lui, est acheminé par pipe-line, du pétrolier amarré sur une tonne, à distance du port. La flottille des pêcheurs est essentiellement composée de barques, à part deux ou trois senneurs. Les voiliers de passage peuvent s’ancrer entre la digue qui les protège de la houle et le rivage rocheux. Mon équipage profite du départ d’un compatriote pour me rapprocher de la zone de débarquement.

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L’annexe est descendue. Il est temps de songer à se mettre en règle. Pour débarquer  il faut se rendre au petit quai où les pêcheurs vident leurs prises avant la vente et le transport. Mieux vaut être prudent car c’est très glissant. Les annexes sont toutes amarrées au même poteau. A marée basse, elles se retrouvent échouées sur des rochers colonisés par les oursins. Pauvres pneumatiques ! Gérard n’est pas mécontent d’avoir fabriqué la nôtre en aluminium. Elle ne craint ni les piquants d’oursins, ni les chocs, ni les coraux ni les rochers coupants.

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P1060496Un poisson-coffre

DSCF3653Matinée avec un pêcheur pour Gérard

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Les formalités se font à la police maritime. L’agent garde notre acte de francisation jusqu’au jour du départ. On le récupèrera contre un règlement de 7euros (somme fixe quelle que soit la longueur du bateau et le nombre de jours passés au mouillage). Plus besoin de se rendre à l’aéroport pour la douane, le douanier se déplace à Palmeira. La cotisation est de 5€. Pourvu que ça dure !

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Un premier tour dans le village permet de repérer un distributeur d’escudos, quelques mini-épiceries appelées mercerias, un dépôt de pain et un mini-mercado. L’eau douce s’achète à la fontanaria. Les villageois viennent avec leur brouette et leurs bidons. Beaucoup n’ont pas l’eau courante dans leur maison. L’île de Sal est désertique. Aucun cours d’eau n’y circule. Comme sur Lanzarote aux Canaries, l’eau provient d’usines de dessalinisation. Elle est précieuse, il ne faut pas la gaspiller.

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Les rues pavées du village sont bordées de maisons colorées. Bien souvent, elles sont en cours de construction depuis plusieurs années. Les capverdiens, au petit budget, attendent une rentrée d’argent pour poursuivre les travaux en cours.

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P1060526Ecole des petits
Pour se rendre à Espargos, la capitale de l’île, il faut prendre un aluguer. Un aluguer est un taxi collectif ; il transporte une douzaine de personnes. Il ne démarre que lorsqu’il est plein mais on n’attend pas longtemps. La ville est située à 5km vers le centre de l’île. Entre Palmeira et Espargos, le paysage n’est constitué que de pierres et de sable agrémentés de quelques arbustes à demi-desséchés. La ville s’étend donc sur un désert minéral autour d’un monticule volcanique surmonté d’antennes. On comprend mieux pourquoi l’île bénéficie d’une si bonne réception 3G.

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Plusieurs fois, mon équipage se rend à la ville pour faire ses courses. Des vendeuses de rue proposent des fruits et légumes dans leur brouette. Ils sont plus frais que dans les boutiques. Ils proviennent d’autres îles et arrivent par bateau. Le choix est restreint. Les beaux étalages du marché de Santa Cruz ne sont plus qu’un souvenir lointain.

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Vous ne trouvez aucune boucherie au Cap Vert. La viande est vendue débitée et congelée : des cuisses de poulet, des tranches de porc et de boeuf pour les mieux achalandées.
A Sal, par contre, le thon fraîchement pêché, est à moins de 5€ le kilo. Pour 2€, vous avez droit à trois beaux rougets barbés.
A part Palmeira et Espargos, on trouve deux autres agglomérations à Sal : Au sud de l’île  Santa Maria, le haut-lieu du tourisme de l’île et, sur la côte ouest, entre Palmeira et Santa Maria, le village fraîchement construit de Mordeira au fond d’une grande baie bercée par la houle. Nicole et Gérard ont fait une excursion à Santa Maria ; ils y ont dégusté un plat local, la cachupa. C’est une sorte de bouillabaisse où la pomme de terre a été remplacée par du maïs et des haricots secs. Les capverdiens la consomment plutôt au petit déjeuner.
La côte de Sal compte plusieurs spots de surf, elle attire les plus grands champions. A part Palmeira avec sa grande digue protectrice, les mouillages sont très houleux et les atterrissages en annexe, périlleux.
Samedi 19 décembre :
Voici deux semaines que je suis ancré à Palmeira. Il ne faut pas que je m’éternise trop, car le Capitaine a commencé à repérer des petits pousse-pieds sur ma coque et cela ne me plaît pas du tout. Je n’ai aucunement envie de devenir un bateau-ventouse. J’ai besoin de me dégourdir.

Comme prévu, Yves, le neveu de Nicole et Gérard, est arrivé tôt ce matin par avion. Maintenant, nous allons pouvoir poursuivre notre voyage.

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Dimanche 20 décembre :
Nous devions quitter Sal en fin de journée mais une importante houle occasionnée par une grosse dépression dans l’Atlantique nord, a perturbé notre nuit. Par chance mon ancre est bien enfouie sous le sable au bout de ces 15 jours de sédentarité. Un yacht hollandais de 18m environ, arrivé récemment, a été projeté sur la côte en fin de nuit. De mon emplacement je le vois, il est bousculé par les gros rouleaux qui viennent s’écraser sur la plage. J’ai mal pour lui. Est-ce la fin du voyage pour ses occupants. Malgré sa coque en acier, il ne peut pas sortir indemne de cette mésaventure. Comment vont-ils réussir à le rafflouer ?
Pour passer le temps, Gérard et Yves partent faire un tour en vélo.

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Lundi 21 décembre :
La houle est un peu moins forte. C’est décidé, je pars vers 17h. J’ai 85 milles à parcourir pour atteindre l’île de Sao Nicolau à l’ouest. En partant en fin de journée, je suis sûr d’arriver de jour, demain mardi. La vedette hollandaise est toujours échouée sur la plage. Je n’assisterai pas au sauvetage. Le remorqueur venant de Mindelo se fait attendre. Les formalités de sortie sont à jour depuis vendredi, veille du week-end. Une dernière balade dans les rues de ce village tout en simplicité. L’étonnant sapin de noël, fait de bidons entassés en pyramide et recouverts de tissu peint en vert, trône sur la petite place, face au port. Une crèche avec ses figurines en papier mâché, fait la fierté de son concepteur. Nul besoin d’être riche pour fêter dignement cet évènement.

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