La baie de Fort de France

Lundi 1er février: Gérard plonge pour séparer les chaînes des deux ancres puis l’ancre secondaire est remontée dans l’annexe avant de reprendre sa place dans le coffre arrière. L’annexe retrouve la sienne à l’arrière, à champ sur la jupe. Mon ancre avant est remontée sans difficulté et je quitte le mouillage de Sainte Anne où je suis resté 15 jours. Sous grand-voile et génois tangonné, je traverse l’immense baie. Un quart d’heure seulement après mon départ , une des lignes se tend et mes pêcheurs remontent un Barracuda.

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Je me dirige vers le rocher du Diamant puis je passe entre lui et la pointe du même nom. Ce dernier a une histoire; pendant l’une de nos nombreuses chamailleries avec nos ennemis anglais lors des guerres napoléoniennes, celui-ci avait été investi par la Marine de Sa Grâcieuse Majesté; des canons  avaient été hissés à son sommet, représentant une prouesse en soi, mais que ne ferait-on pas pour ennuyer ces frenchies, afin de canarder la baie de Fort de France.

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Halte à l’anse Chaudière pour déjeuner. Je pensais y passer la nuit mais Yves souffre depuis son retour à mon bord de son oreille gauche. Je dois donc me rapprocher d’une pharmacie au plus vite.

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En fin d’après-midi, me voici mouillé dans l’anse Mitan, face à F de F. Mouillage au 14°33’30N / 61°03 35W, par 5m de fond. Yves et Marie débarquent aussitôt et se rendent au village. Ils retrouvent mon bord en soirée après avoir vu le médecin et obtenu le traitement adéquat. Yves souffre bien d’une otite due aux bains de mer prolongés. Le traitement par corticoïdes le soulage rapidement. image
Le lendemain, l’équipage m’abandonne pour passer la soirée chez un ami, Dominique. Nous avions rencontré Dominique, en juillet 2013, en Galice espagnole. Il descendait avec son voilier Rev’Armor vers le Sud du Portugal et se préparait à accomplir sa transat en solitaire. Il vient de s’installer définitivement en Martinique mais il a gardé son fidèle voilier pour continuer à naviguer dans les Antilles.

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De son appartement, la vue sur F de F et sa baie est magnifique et particulièrement la nuit lorsque la côte et ses hauteurs s’illuminent. Je sais bien qu’ils ont un oeil sur moi de là-haut.

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Oh oui, il faut aussi que je vous donne des nouvelles de l’oeil de mon Capitaine. Le mercredi 3/02, mon équipage prend la navette de 7h30 qui relie l’Anse Mitan à F de F, car Gérard a rendez-vous avec un ophtalmologue à 9h. Après une attente d’une heure, ils ressortent rassurés de la consultation. L’hémorragie n’a pas entraîné de séquelles. Il n’y a plus qu’à attendre la résorption de l’hématome.
Le reste de la journée est consacrée à la visite de la ville, son marché couvert, sa bibliothèque.

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Bibliothèque Shoelcher

Bibliothèque Schoelcher

Dans un petit marché de fruits et légumes, mes matelots font connaissance avec Maggy, une martiniquaise qui a pris plaisir à leur faire découvrir certains fruits locaux comme la brie et la prune de Cythère.

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Jeudi 4/02: Mes batteries de servitude ne tiennent plus la charge. Elles ont mon âge, c’est à dire sept ans. Gérard part en navette chercher trois batteries neuves à F de F.

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Pendant son absence, le reste de l’équipage se voit dans l’obligation de me déplacer car le vent faible a inversé sa direction et il vient du NW. Le catamaran devant moi est maintenant à mon arrière mais trop près. Sans leur skipper, les moussaillons se sont bien débrouillés. Celui-ci est de retour à 14h et il installe, sans tarder, les batteries neuves.
Moi aussi j’ai eu droit à une virée à F de F. Le vendredi 5/02, je quitte l’anse Mitan pour traverser la baie et mouiller sous le vieux fort Saint Louis. Ici je suis très proche du centre ville.

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Le WE de Carnaval commence et mon équipage aimerait assister aux préparatifs. Seulement le facteur météo va en décider autrement. A 16h, le vent de SE se lève rapidement. Nicole, en conversation sur Skype avec ses petits-enfants de Savoie, se voit contrainte d’abréger la communication. Les rafales atteignent 28 noeuds et deux voiliers voisins commencent à chasser.
Les tauds de soleil sont repliés pour diminuer la prise au vent. Le moteur est démarré pour que je sois prêt à quitter le mouillage si cela devient dangereux pour moi. Mon ancre tient bon mais il faut surveiller les proches voisins. A 17h le vent commence à se calmer mais la mer reste agitée. Le vent repasse Est et je suis, à nouveau, à l’abri derrière le fort. Seuls Yves et Marie iront faire quelques courses en fin de journée. Néanmoins, la nuit tombée, tout le monde quitte mon bord pour promenade le long du front de mer.
Le lendemain, samedi, retour à l’anse Mitan avec un vent d’Est de 22 noeuds pour traverser la baie. Je file à 7 noeuds. A 9h je retrouve l’eau calme, derrière la Pointe du Bout. Pour le déjeuner, des amis viennent à bord.

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Heureusement que mon carré est spacieux car ils sont, finalement, neuf à partager le repas-barbecue prévu pour la circonstance. L’après-midi, tout ce petit monde va digérer à la plage (une fois n’est pas coutume pour mon skipper et son mousse).

Dimanche 7/02: Seuls, Yves et Marie prennent la navette pour se rendre au Carnaval de Fort de France. Nicole et Gérard font les courses avec Dominique à l’hypermarché Carrefour, ouvert le dimanche matin. Je reste seul, au mouillage, en songeant, avec nostalgie, au Carnaval qui se déroule actuellement à Granville, mon port d’attache. Les années dernières, mon fidèle équipage venait m’y rejoindre dès le vendredi soir. J’étais proche de la fête foraine sans en subir les nuisances sonores. Le dimanche après-midi, je profitais des sonos et des fanfares du défilé carnavalesque.

Lundi 8/02: Jour férié en Martinique mais après appel VHF, la capitainerie de la petite Marina est bien ouverte et Nicole va pouvoir faire la clearance de sortie. J’en profite pour faire mon plein d’eau douce car cela devenait urgent. Mon réservoir est au 3/4 vide. Depuis que mon taud de récupération est fonctionnel, il ne pleut plus ou très peu sur le sud de la Martinique. Il est presque 11h, lorsque je m’éloigne de la Pointe du Bout. Cap au Sud, vers l’île Sainte Lucie.