Escapade aux Grenadines

Trajet

Lundi 8/02 : La baie de Fort de France puis la côte Ouest de la Martinique disparaissent dans mon sillage. Je suis maintenant dans le canal qui sépare Sainte Lucie de la Martinique. Je ne suis plus protégé par l’île, je reçois l’alizé de l’Atlantique par le Sud-Est, il me faut faire un près serré dans une mer agitée. Ma grand-voile est arisée au deuxième ris et mon génois est partiellement enroulé. La mer est agitée comme très souvent dans ces zones inter-îles. J’ai 30 milles à parcourir dans ces conditions. Je suis désolé pour Marie, le dernier mousse embarqué. Sa première navigation à mon bord est assez éprouvante mais elle l’accepte courageusement.
A 16h, je dois virer de bord pour me rapprocher de Sainte Lucie. Je suis maintenant à l’abri de la houle océanique et je file vers la première baie située au NW de l’île : Rodney Bay. La GV ferlée et le génois enroulé, il est temps de hisser le pavillon de courtoisie et le pavillon jaune qui prévient que les formalités d’entrée n’ont pas été faites. La baie est immense et les voiliers en transit sont nombreux. Néanmoins je trouve un emplacement pour m’ancrer, assez proche de la plage. Il est 18h. Derrière moi le soleil se couche. C’est l’instant idéal pour savourer un bain dans une eau calme et chaude.

Rodney Bay
Mardi 9/02 : Dans le guide nautique il est mentionné que seul le skipper doit procéder aux formalités d’entrée et que les passagers doivent attendre sur le bateau son retour avant de pouvoir débarquer. Nous ne sommes plus sur une île française. Ici on parle anglais et la monnaie est le dollar EC ( east Caribbean ). Notre pauvre Gérard, bien connu pour sa faiblesse en langues étrangères, se rend donc seul à la douane et accomplit son devoir avec témérité. La taxe d’entrée est de 35$ EC ( environ 12 € ). Dès son retour l’équipage, au complet, part faire une reconnaissance des lieux.
Le dinghy dock ( ponton pour annexes ) se trouve dans la marina bien enclavée, située au bout d’un chenal d’accès. De riches villas avec leur ponton particulier bordent la rive. La quête de monnaie locale conduit l’équipage au sud de la marina, dans une zone commerciale avec supermarchés, banques, restaurants. Une pause déjeuner est la bienvenue.

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Puis direction Nord pour atteindre le village Gros Islet. Changement de décor…. les maisons sont simples, la population créole est pauvre. Par contre, si on poursuit au- delà du village, on se retrouve parmi des complexes hôteliers de grand standing avec accès direct à la plage. Le contraste est saisissant.

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Avant de quitter Rodney Bay, Nicole et Gérard se renseignent sur les tarifs du port à sec, toujours en prévision de mon hivernage en période cyclonique. Ces tarifs leur semblent avantageux, au prime abord. Ils sont en dollars mais sans spécifier $EC ou $US. Renseignements, à nouveau pris, ils sont en $US donc équivalents à ceux du port du Marin.
A Rodney Bay, les fruits et légumes vous sont livrés à bord de votre bateau. Pour ma part, j’ai eu droit chaque matin à l’accostage de la barque de Grégoire. Ils sont deux locaux à faire ce commerce ambulant et Grégoire, parlant français, privilégie les voiliers battant du même pavillon que moi. Sa barque est si chargée qu’elle menace d’embarquer à chaque fois qu’un hors-bord passe un peu vite. Nicole en profite pour ravitailler le bord. C’est si agréable, en navigation, de piocher dans le filet suspendu et de déguster une bonne banane, une mangue, un maracuja ou tout autre fruit exotique.

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Vendredi 12/02 : J’ai, au moins, 70 milles à parcourir aujourd’hui pour atteindre l’île de Bequia ( prononcez Bécoué ). L’équipage est réveillé depuis 4h30. J’appareille à 5h30, il fait encore nuit. La météo pour la journée annonce un vent d’Est de 20 à 25 noeuds. Il me permet de naviguer à la voile le long de la côte Ouest de Sainte Lucie sans avoir recours à Yanmar. Cette navigation paisible laisse loisir à mon mousse de faire son quart et aux trois autres matelots de terminer leur nuit écourtée. La côte défile avec Port Castries, la ville principale puis le volcan de La Soufrière et les deux remarquables pitons, emblèmes de Ste Lucie. Nicole part se reposer le temps de la traversée du canal de St Vincent. Le bercement est plus dynamique.

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Il est 14h, lorsque j’atteins la pointe Nord de l’île St Vincent. Je subis une importante accélération de vent car le relief est élevé. La pointe passée, le vent chute et yanmar est mis à contribution. L’équipage est impressionné par la beauté de cette île. Les versants des volcans sont recouverts d’arbres et de parcelles herbeuses. On se croirait en face d’alpages surplombant un grand lac. Je me rapproche de la côte pour visualiser les petites criques comme Walilabou et Cumberland. Des voiliers sont au mouillage, l’étrave vers l’Ouest et l’arrière vers la plage.

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A 16h, St Vincent est derrière moi et je me dirige vers la prochaine île, plus modeste, Bequia. A 17h30, je rentre dans Admiralty Bay où j’aperçois Rev Ar Mor arrivé avant moi. Dominique avait prévu également un tour dans les Grenadines, avec ses amis arrivés de métropole. La baie est, elle aussi, très fréquentée en cette période de l’année. Je finis par me trouver une place par 2,30m de fond. L’eau est si claire que j’ai l’impression de frôler ce fond. De belles baignades en perspective pour mes hôtes.

Bequia
Du 13 au 16/02 : Bequia est la première des îles des Grenadines en venant du nord. Elle fait partie de St Vincent. Les bureaux sont ouverts le samedi jusqu’à 12h. Nicole s’y présente dès l’ouverture pour faire la clearance et régler le droit d’entrée. Le week-end, il est appliqué un overtime, taxe pour des formalités effectuées hors des heures d’ouverture.
Port Elisabeth est un village qui entoure le fond de la baie. La rue principale, le long de la plage, regroupe de nombreux bars-restaurants et des étalages d’objets de fabrication locale. Un marché couvert offre une belle production de légumes. Les marchands sont des Rastas pour la plupart. Plusieurs laundries ( laveries ) prennent votre linge à laver et vous le ramène sec et plié à votre bateau ( 25$EC la tournée de 7kgs ). Un bateau transporte des cuves d’eau douce et de gasoil et le plein se fait au mouillage. La navigation de plaisance est une manne financière pour ces îles. Attention ! Si vous vous faîtes livrer vos courses, déballez les produits hors de l’habitacle. En ouvrant son carton de bières, Gérard a vu s’échapper un cafard. Il s’est faufilé sous le plancher. Le moment est venu de tester l’acide borique additionné de lait concentré sucré. Deux jours plus tard, le cafard a été retrouvé mort dans le panier à pommes de terre. Mais restons prudents et vigilants.

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C’est durant cette escale que mon équipage a fait la connaissance de Gwendal et de Touline, sa chatte. Gwendal est un navigateur solitaire, qui a quitté la France en 2011 sur son voilier La Boiteuse. Si vous voulez connaitre son histoire et ses aventures, allez voir son blog : laboiteuse.blogspot.br ; il est bien écrit et divertissant. Mon mousse, toujours à l’affût de récits vécus de voyageurs sur l’eau, attendait avec impatience ses nouveaux articles.

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Du 16 au 17/02 : Après une courte navigation de 20 milles, me voici à Canouan. J’ai laissé, à l’est, Petit Nevis et l’île Quatre, inhabitées et Moustique, l’île des stars américaines, inadaptée au budget de mon bord. Je passe la nuit à Charlestown Bay, amarré à une bouée qu’un jeune garçon est venu proposer pour 40$ EC. L’alizé d’Est reste soutenu et mon équipage aspire à une nuit paisible. La baie est vaste et peu fréquentée. A sa pointe sud et près du petit aéroport on aperçoit un vaste chantier. Un port est en construction mais il est éloigné et n’apporte donc pas de nuisance sonore.

Canouan

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Du 17 au 19/02 : Les Tobago Cays sont à moins de 10 milles mais, avant de m’y rendre, il me reste une dernière escale conseillée, l’île de Mayreau. Je l’atteins en à peine une heure vu qu’elle n’est qu’à 7 milles et que l’alizé souffle toujours à 20 noeuds. Le mouillage est à Saline Bay et, cette fois ci, je suis sur mon ancre. Je suis proche de la plage de sable doré. Il y a une autre petite baie, au NW, Salt Whistle Bay. Je suis passé devant mais le nombre impressionnant de voiliers ancrés, a été dissuasif. Elle était pourtant bien jolie cette petite crique avec sa plage de sable blanc et ses cocotiers.

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Il faut grimper pour atteindre le village mais cela vaut la peine. De là-haut, mon équipage profite d’un superbe point de vue sur la côte sous le vent et de la baie où je me repose. Il faut poursuivre jusqu’à l’église pour, cette fois ci, surplomber la côte Est et se trouver face aux Tobago Cays. Ces récifs coralliens, à fleur d’eau, donnent à l’océan des dégradés de bleus extraordinaires. Cinq petites îles viennent apporter leur contraste dans ce camaïeu de bleu. Mon petit monde est impatient de découvrir ce haut-lieu de la plongée sous-marine malgré une fréquentation touristique très marquée.

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Avant de revenir à mon bord, passage obligé au bar haut en couleurs, lui aussi, tenu par un Rasta. Ses clients-navigateurs contribuent à sa décoration en offrant leur pavillon national personnalisé.

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Le soir même, mon skipper se met à la tâche. Voilà le résultat :

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