Escales en pays breton

Ma première escale bretonne, au port des Bas Sablons de Saint-Malo, se termine. Nous sommes mercredi 15 juillet. Avant de faire une route sud, direction les tropiques, il faut que je sorte de la Manche et, croyez-moi, ce n’est pas une mince affaire ! Nicole, notre météorologue en herbe, annonce comme prévisions pour les prochains jours, vent faible de secteur ouest. La propulsion Yanmar risque d’être sollicitée.
Mercredi 15 juillet : Il est 7h50, mes amarres larguées, je suis le « chenal du Décollé » et longe Dinard. La mer est belle, une légère brise souffle du SW. Quelle aubaine, GV hissée et génois déroulé, j’avance à 7 noeuds. Je double le cap Fréhel à 9h30 ( plutôt facile, il ne bouge pas ! ). A 13h c’est au tour du  «Grand Léjon », phare situé au milieu de la baie de Saint-Brieuc.

image Le phare des Heaux de Bréhat

Le vent passe à l’ Ouest, le génois est enroulé et le moteur démarre. Gérard assure le dîner de ce soir en pêchant 5 maquereaux. A 17h, je me repose enfin, dans le joli mouillage de la « Corderie » sur l’île de Bréhat. La brume tombe, c’est le calme absolu, c’est magique….

image Mouillage de la « corderie » (Bréhat)
Jeudi 16 juillet : Après une nuit tranquille, il est temps de reprendre ma route vers l’ouest. Je remonte le chenal du «Trieu ». Il porte le nom de la rivière et de son estuaire que je connais pour les avoir suivis jusqu’à la ville de Pontrieux il y a 4 ans déjà. J’ai passé une nuit sous le château féodal et son parc ( château de Fort-Jagu) admirablement rénovés. A ne pas manquer si vous passez par là. Revenons à ma route. A 11h50, Gérard stoppe enfin mon moteur et je continue sous GV et génois tangonné à tribord. Je laisse, dans mon sillage, les sept îles puis les rochers des « Triagos ». J’attaque la baie de Morlaix à une moyenne honorable de 5 noeuds ( Je sais, Jean-Yves, c’est trop lent pour toi ). A 15h, je fais mon entrée dans le port de Roscoff. Un peu délicat, l’amarrage, car il y a un fort courant dans ce port et il me pousse vers le ponton un peu trop vite. Marche arrière et propulseur en action et avec l’aide de sympathiques voileux, me voilà amarré pour la nuit. Il paraît que la journée était caniculaire sur le continent, pour nous elle fut tout simplement agréable. Une petite balade à terre, autour du jardin exotique, permet à Gérard et Nicole de se dégourdir les jambes. Notre pêcheur a encore pris 6 maquereaux, donc ce sera « maquereaux marinés » au menu.

image Port de Roscoff
Vendredi 17 Juillet : La nuit fut assez ventée, mais au port mon équipage était tranquille. Les prévisions sont bonnes, le vent doit mollir au cours de la journée, mais toujours de secteur W. Bravement je reprends mon chemin. Tout d’abord, propulsé par Yanmar, je me faufile dans le chenal qui sépare l’île de Batz de la presqu’île de Roscoff. Puis, téméraire, c’est sous GV et génois que je continue au cap 310°. Je ne descends plus vers le Sud, je monte vers l’Irlande. Non, je plaisante, je tire simplement un bord NW pour ensuite, faire du SW. Vous êtes rassurés! Vous, qui rêviez déjà de cocotiers et de lagons turquoises! A 13h45, le vent me quitte lâchement et le moteur reprend du service. A 16h je m’engage prudemment dans la très étroite passe nord de l’aber Wrac’h ( on est chez les bretons ). Impressionnante, la houle vient s’écraser sur des cailloux à peine visibles. Me voilà, sur l’eau calme de l’aber. Nicole me dirige vers une bouée « visiteurs » que Gérard saisit avec dextérité (avec l’aide d’un crochet monté sur gaffe sur lequel on a amarré une aussière).

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Ce soir, la wifi gratuite de la CCI de Brest permet, même au mouillage, à mon équipage de converser sur Skype avec MAB et Maurice de Tahiti. C’est pas beau le progrès….?
Samedi 18 Juillet : Réveil à 6h30. Il faut profiter du courant portant pour passer la pointe bretonne et le chenal du Four. La météo annonce un vent variable, 1à 3 beaufort, c’est-à-dire, pour être plus clair, « pétole ». Gérard ne prend même pas la peine de hisser ma GV. Sorti de la passe ouest de l’aber Wrac’h, je suis malmené par une houle de deux mètres qui me fait rouler bord sur bord. Pendant que mon skipper s’occupe de la navigation, mon courageux mousse s’attelle à la rédaction de mon blog. Bien que ce soit à moi que revient le gros du travail, je la trouve néanmoins méritante. A 10h, je salue le phare du « Four » et à 11h10, je m’engage dans le chenal qui porte le même nom. A mon tribord, s’étendent, sous le soleil, les îles d’ Ouessant et de Molène. A mon babord, les forts et la ville du Conquet se profilent. Le papa de Nicole ( pépé Pierrot ) y a effectué son service militaire. Un jour de 1954, Andrée,sa future femme et maman de Nicole, l’y a rejoint pour passer la journée avec lui…. 9 mois plus tard, Nicole est née….. Qu’allez-vous imaginer ? Cela ne se faisait pas à cette époque- là….La mer de la Manche est maintenant derrière moi, je ne roule plus. Les îles me mettent à l’abri de la houle, me voici en mer d’Iroise. A midi sonnant, je passe la pointe Saint-Mathieu et je fais cap à l’est pour rejoindre le port de Camaret sur la presqu’île de Crozon.

image Pointe Saint Mathieu

A deux miles de l’atterrissage, la ligne se tend soudain, Gérard se précipite et ramène une bonite. Le repas de ce soir promet d’être succulent, elle sera, en partie cuisinée en darnes, revenues à la poêle, accompagnées de fenouil braisé.

image Pêche du jour

A 14h je me berce, amarré sur la bouée 9, face au port de plaisance.