La plus grande : Ténérife

A la Marina, les équipages s’activent sur les pontons. La proximité du centre ville et sa profusion de marchandises permettent de finaliser la préparation de la future traversée océanique. Les voiliers s’alourdissent, leurs coffres se remplissent de denrées. Certains consolident leurs voiles, d’autres bricolent. Les outils sont de sortie. A mon bord, Gérard termine l’installation du dessalinisateur. Il lui a trouvé un emplacement discret, sous le plancher côté cuisine. L’appareil, sa pompe, ses filtres et la tuyauterie se trouvent ainsi bien accessibles pour leur maintenance.
Tenerife est ma dernière escale européenne. Le service d’immigration se situe près du quai des ferries. Il est recommandé d’y remplir un formulaire d’entrée en Europe afin de pouvoir y faire ajouter le tampon officiel de sortie du territoire européen, la veille du départ. Mon équipage s’est plié à la règle pour ne pas avoir de problème lors de leur escale africaine.
Excursion à l’intérieur de l’île :
La première journée débute par la partie nord-est de l’île. Une route étroite et sinueuse longe la côte et s’arrête au village Los Baquillos.

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Le temps est dégagé et permet de profiter du panorama. Après un petit retour en arrière, Gérard et Nicole décident de pique-niquer sur la plage de Las Teresitas, repérée à l’aller.

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Après un bain délicieux, les voilà repartis sur la route vertigineuse du massif de l’Anaga. Le paysage est époustouflant. C’est la Savoie au bord de l’océan ! Des miradors comme celui de Pico del Inglés ont été installés le long de la route pour permettre de profiter de la vue.

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La route s’enfonce dans une forêt de lauriers sauvages, la Laurisilva, une des plus anciennes de la planète.

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Ils poursuivent leur itinéraire le long de la côte nord jusqu’à Puerto de la Cruz puis remontent la Vallée de La Orotava. En prenant de l’altitude la végétation change progressivement. Les plantes tropicales laissent la place aux arbres caduques comme le châtaigner. L’air se rafraîchit, les pins canariens, les bruyères arbustives et les fougères leur font suite.

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Au détour d’un virage, la forêt a disparu faisant place à un paysage aride. Ils sont au centre de Tenerife, au pied du Mont Teide qu’ils ne peuvent voir. La couverture nuageuse est trop dense.

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Le retour vers Santa Cruz se fait par la route sinueuse qui traverse le centre de Tenerife en suivant la crête des monts de La Orotava. Elle est ponctuée de miradors mais le temps s’est dégradé et l’excursion se termine sous la pluie. La prudence est de rigueur car la chaussée jonchée d’aiguilles de pin est glissante. Mon équipage assiste d’ailleurs à un accrochage sans conséquence grave heureusement pour les occupants des deux véhicules impliqués. La route centrale prend fin à la hauteur de l’aéroport, à proximité de la ville de San Cristobal de La Laguna. Celle-ci est vantée dans les guides pour son centre historique, classé Patrimoine de l’Humanité en 1999. Après avoir tourné en rond, Gérard finit par trouver une place sur un trottoir pour laisser la voiture. Le centre de la vieille ville est calme à cette heure de l’après-midi et par ce temps maussade. Mais on peut imaginer l’ambiance qui doit y régner quand tous les bars et tascas sont ouverts le soir. La deuxième journée, à la météo plus clémente, est consacrée à l’approche de sa majesté Le Mont Teide. Pour mettre toutes les chances de leur côté pour enfin voir sa cime, Nicole et Gérard me quittent tôt. Ils prennent l’autoroute du sud qui les amène rapidement au sud-ouest de l’île. Un nouveau paysage s’étale devant eux. Il est aride mais la roche y est différente, couleur craie. Etonnant pour un terrain volcanique. La petite route secondaire qui les dirige vers Le Teide, chemine parmi les cultures de pommes de terre, cultivées en terrasses et irriguées par l’eau captée sur les hauteurs proches. Comme la veille, ils passent, sans transition, d’une végétation à une autre, au long de leur ascension. Passée la ville de Granadilla de Abona, ils se retrouvent dans la forêt de pins. Ils ont tous les deux la même réflexion : «  On se croirait sur la route du Semnoz ».
Quelques kilomètres plus loin, un paysage lunaire et grandiose se déploie devant eux. Ils pénètrent dans l’enceinte de Las Canadas, l’immense cratère qui entoure le cône du volcan. Un voile de nuages leur cache la cime mais, à son pied, le cratère, lui, resplendit sous le soleil.

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Des aires de parking, judicieusement éparpillées sur la route qui les conduit au pied du dôme central, leur permettent de prendre le temps de s’imprégner de cette féérie. La diversité des roches qui composent l’ensemble est fascinante. Même mon skipper, qui, comme vous le savez, est daltonien, s’émerveille devant les contrastes des couleurs. La route longe des coulées de lave noire pétrifiées par le froid et des sculptures naturelles de roches superposées.
Après une pause rapide pour déjeuner, Nicole et Gérard se rendent à pied au  téléphérique, dans l’espoir d’y monter pour, enfin, entrevoir le sommet. Hélas, ce lieu magique attire de si nombreux touristes qu’ils sont vite découragés par la file d’attente. Ils regagnent la voiture, un peu déçus de n’avoir pas pu saisir l’occasion d’approcher de plus près ce volcan encore en activité. Nous ne sommes qu’au début du voyage. Ils auront, sans doute, l’occasion de satisfaire leur curiosité.
Ce regret se dissipe, en partie, lors de la pause suivante, à proximité du site de Montana Blanca. Un sentier permet de cheminer sur des dunes de sable grossier.

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C’et justement le moment où le voile nuageux se dissipe pour laisser entrevoir le point culminant tant espéré. Sur le ciel bleu se détachent la pointe et 200 m plus bas, son deuxième cratère. Cet instant était à saisir car ensuite le temps s’est dégradé et le retour s’est fait sous une pluie de plus en plus dense.

A l’approche de Santa Cruz, sous une pluie battante, mon équipage décide de passer au magasin Decathlon pour y faire quelques achats indispensables pour le voyage. Ils y trouvent des pneus et des chambres à air pour leurs vélos ainsi qu’une douche solaire sous pression ( vue sur Pocoloco ). Gérard aurait bien aimé acquérir un fusil de plongée mais l’achat obligatoire aux Canaries d’une carte de pêche doublait son prix.
Avitaillement
Le troisième jour de location de voiture était prévu pour compléter les vivres. Après avoir revu ce qu’il restait dans les coffres et établi une longue liste des besoins, Nicole et Gérard se sont rendus à l’Hypermarché Carrefour qu’ils avaient repéré le premier jour. Ils sont ressortis avec un caddie bien chargé. Ils ont réussi à entasser le tout dans la Fiat Panda. Le déchargement s’est fait entre les averses car le temps ne s’est pas amélioré depuis hier.

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Les produits frais sont achetés la veille du départ dans le superdino du centre ville et les fruits et légumes viennent du superbe marché couvert. Nicole adore flâner parmi les étalages de fruits exotiques au goût inconnu, les épices et les fleurs à bouquet.

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Samedi 24/10 : Les voiliers du port de Carentan, dont Orca,  mettent les voiles pour l’île de La Palma. Le ponton se vide en fin de matinée mais les places sont, à nouveau, reprises par de nouvelles unités. Ainsi nous revoyons Ar Vag avec Michèle et Yvon qui attendent une nouvelle équipière avant d’envisager leur grande traversée.
Moi aussi, je vais embarquer un 3ème équipier mais cela se fera le 19 décembre à Praia de Santiago au Cap Vert. D’ici là, j’ai une tâche sérieuse à terminer. Je dois livrer au Siné Saloum ma précieuse cargaison de fournitures scolaires.
Une courte fenêtre météo se présente pour la semaine prochaine. Je ne ferai donc pas d’autres escales aux Canaries. Le départ est programmé pour mardi matin. J’ai 850 milles à parcourir d’ici Dakar. Il me faut 7 à 8 jours avec un vent portant, en l’occurence Nord, pour atteindre le but fixé.
Je ne verrai pas la fin des travaux autour de la Marina. Ils ont pourtant bien avancé ces derniers jours. Je vois se dessiner des arabesques en pavés autour des palmiers fraîchement plantés. Une passerelle est en cours de montage. Elle mènera les équipages-visiteurs directement de la Marina au centre ville sans avoir à faire le détour actuel par le port des Ferries car une autoroute encaissée sépare la zone portuaire de la ville.

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