Ma remontée vers le Cap Vert

Mercredi 25 novembre :
Il est 10h, quand je dois abandonner mon mouillage tranquille de Mar Fafako. Cette fois-ci, c’est Alex qui me guide jusqu’à N’Dangane. Je longe ensuite la mangrove en suivant le tracé de l’aller sur la carte électronique. La marée est descendante et les bancs de sable se devinent mieux.

P1060434
Nicole et Gérard revoient les endroits qu’ils ont visités en calèche et le restaurant, au bord de l’eau, où ils ont mangé avec leurs amis.

P1060454

DSCF3514
A 13h30, je m’approche du village de Djifèr et pose mon ancre par 7m de fond. Il n’est pas tard et mon Capitaine décide de se rendre au village pour rencontrer les pêcheurs. A son retour, il aide le mousse à frotter mon pont qui est couvert d’une poussière rouge. Les tauds et la voilure attendront les prochaines pluies, ce n’est pas pour demain !
L’annexe reprend sa place sur le pont pour la navigation de demain.

P1060455

Oh, mais, je m’égare !

Jeudi 26 novembre :
Le jour se lève, la mer se retire et le courant est favorable pour m’aider à quitter ce delta. Le sondeur est allumé et la sortie par le chenal se fait rapidement. Me voilà à nouveau sur l’océan. Le vent de nord-est souffle entre 15 et 18 noeuds et le moteur est arrêté. Je poursuis, au près serré, sous GV et génois. Mais vers midi, le vent faiblit et Yanmar est, à nouveau, sollicité. Comme à l’aller, je dois slalomer entre les innombrables bouées de pêche.

image

image

Je suis encore loin de Dakar et de la côte quand la vedette des douanes apparaît à l’horizon. Pour la deuxième fois depuis mon séjour au Sénégal, je suis contrôlé. Ils demandent à mon skipper d’arrêter le moteur. Que cherchent-ils ? De la drogue ? Des clandestins ? Des armes ? Nous ne le saurons pas. En attendant, c’est un peu crispant de voir embarquer un homme armé de son fusil d’assaut. La fouille est assez méticuleuse; ils ont regardé dans les coffres et sous les planchers. Cette inspection ne m’a pas trop retardé car j’ai poursuivi à la voile avec le pneumatique de la douane accroché comme une bernique à ma coque.

P1060466

P1060468 (1)

Mon arrivée se fait de nuit. Pas de souci, je suis un habitué des lieux, maintenant. Je m’installe, en terrain conquis, devant le CVD. Le temps s’est rafraîchi et l’air est plus respirable que lors de mon séjour précédent.

P1060472
Mardi 1er décembre :
Les quatre jours précédents ont été occupés par de menus travaux et par les courses pour un complément d’avitaillement. Mon équipage avait repéré, lors de ma première escale, un supermarché Casino qui vendait de nombreux produits français. Gérard y a trouvé son sirop de menthe glaciale. La réserve était épuisée. L’Espagne et le Portugal ne semblent connaître la menthe que comme ingrédient dans le Mojito. Les yaourts devenant rares et chers, notre mousse s’est lancé dans leur fabrication maison. Elle les fait prendre dans la cocotte-minute et ils sont bien réussis. Elle songe à se lancer dans la confection du pain à bord. Si ce n’est pas une priorité, cela risque de le devenir pendant la longue traversée. Il est bien connu qu’une bonne odeur de pain chaud qui remonte aux narines, ramène le sourire aux navigateurs.

P1060478

Une dernière promenade de santé !
Les formalités de sortie, à la police portuaire, ont été vite expédiées hier matin. Je vais laisser derrière moi ce pays africain qui a encore bien des progrès à faire question environnement. La gentillesse de ses habitants est obscurcie par le harcèlement des petits vendeurs. Le «Tu donnes ce que tu veux », se termine par une grimace de déception si le montant estimé n’est pas celui attendu, et, il ne l’est assurément pas.
Revenons à ma navigation. Il est 9h quand je commence à m’éloigner de la baie. Elle disparaît rapidement dans mon sillage, non pas, parce que mon skipper a appuyé sur la manette d’accélération (fait rarissime), mais l’Harmattan, un vent chargé de sable venant du Sahara, souffle depuis deux jours. La visibilité en est très réduite. Mon pont a repris la couleur d’avant l’escale à Djifèr. Le gris du tissu anti-UV des protections est devenu marron. Je n’ose pas songer aux moqueries de mes copains granvillais, s’ils me voyaient dans cet état.
Passé l’archipel de la Madeleine, il ne reste plus que quelques grosses pirogues à éviter. Ensuite je traverse le rail des cargos qui longe la côte africaine. Un nuage de……. papillons blancs (non pas de grillons, ouf !) m’entoure. Ils ont dû être poussés par le vent car je suis à 40 milles de la côte la plus proche.
A 14h, le capitaine remplace Philibert, le pilote, par Hans, le régulateur. La couverture nuageuse est trop dense pour fabriquer de l’énergie solaire mais ma brave éolienne compense bien. Mon Capitaine se hasarde à mettre en fonction, pour la première fois, le dessalinisateur durant deux heures. Il ne débite que 5 litres/h mais il a le mérite d’être peu gourmand en électricité. Un test est nécessaire avant d’envoyer l’eau dessalée dans le réservoir qui lui est dédié. Elle a le goût de plastique du tuyau prétendument alimentaire acheté à Santa Cruz mais elle est bien douce. Après son stockage dans le réservoir, elle sort par le troisième robinet de l’évier (prévu dès l’aménagement). Aux dires de mon équipage, elle est buvable.
A 21h, un choc sous mon étrave projette mon skippeur contre la cloison de la cabine où il venait de s’allonger. Mon mousse, de veille, n’a rien décelé sur l’eau. Il faut dire que la nuit est noire, sans étoiles. Après vérification des fonds, pas de « bobos ». De toute évidence, cet obstacle non identifié n’était pas un container ou une bille de bois. Ce devait plutôt être un animal mort ou endormi. Pas une baleine car j’aurais été stoppé brutalement.
Mercredi 4 décembre :
A 0h, je suis au sud de l’île de Sal, au niveau de la baie de Santa Maria. Je suis sous le vent de l’île et elle me coupe la houle. Je continue en remontant la côte Est, au près serré.
A part la panne de gaz et le changement délicat de la bouteille de 13kg en navigation, rien à signaler le restant de l’étape. Mon pêcheur, dépité, a fini par ranger ses lignes. Trop d’algues à la surface de l’eau. Non, ce ne sont pas encore les sargasses. Encore 2000 milles, avant d’en rencontrer.
A 4h, je fais mon arrivée de nuit dans le petit port de Palmeira. Je plante, silencieusement, mon ancre à proximité d’un groupe de voiliers.
Au lever du jour, après trois heures de sommeil….à plat, et un tour d’horizon, Nicole et Gérard constatent que je suis un peu trop proche de la plage et de ses rochers. Ils préfèrent me déplacer pour notre sécurité.
C’est ici que je vais attendre mon troisième équipier, Yves, qui atterrit le 19/12 à l’aéroport d’Espargos, la « capitale » de l’île. En attendant, il y a fort à faire à mon bord. A bientôt, chers lecteurs.