Promenade sur le Tage

Cette semaine mon équipage s’est étoffé. De deux, il est passé à cinq membres. Je ne compte pas trop sur les petits bras d’ Alicia pour aider à la manoeuvre. La première journée, chacun prend ses marques et l’après-midi est consacrée à la visite de ce Parc des Nations. L’exposition universelle a eu lieu en 1998. De nombreuses structures avant-gardistes ont été édifiées pour l’occasion. Comme pour Paris et sa Tour Eiffel en 1898, de nombreux visiteurs continuent à y être attirés. La marina où je séjourne a été ouverte dix ans plus tard. Comme le port du Hérel à Granville,elle a de gros problèmes d’envasement. Certains pontons sont inutilisables, en marée. Cet inconvénient est largement compensé par un admirable accueil, la tranquillité des lieux et l’emplacement judicieux de sanitaires sur ponton, à proximité des bateaux.

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Mardi 25/08 : A 13h, je quitte Parque de Nacoes. Le courant de la marée descendante m’entraîne tranquillement le long de l’estuaire du Tage jusqu’à la Marina d’Alcantara, la plus proche du centre ville de Lisbonne. Je patiente devant la passerelle qui s’ouvre chaque demi-heure. Elle n’est pas aussi accueillante que la précédente et pourtant son prix de journée est supérieur. L’employé finit par me donner un emplacement en bout de ponton. La soirée est occupée à la visite du centre de Lisbonne mais dès demain, je pars respirer de l’air plus sain. Bien entendu, il faut plus d’une soirée pour connaître la ville. Cet aperçu suffit à Nicole et Gérard, mais Sandra et Olivier tiennent à prendre le célèbre tramway qui grimpe jusqu’au château, en passant par d’anciens quartiers. Ils pourront le faire au retour.
Mercredi 26/08 : Je laisse, sans regret, ma place pour reprendre ma navigation au long du Tage. Je passe, pour la deuxième fois, devant la Tour de Belem. A 17h, je suis au mouillage, devant la plage de Cascais. Une balade en ville, un repérage de la station de bus, puis une bonne nuit, avant la journée chargée de demain avec la visite des palacios de Sintra.
Jeudi 27/08 : Pas facile de partir tôt, avec un bébé. Le  » Scoturb bus » n°403 mène à Sintra par le chemin des écoliers. Il permet aux touristes de découvrir la côte et son Cabo de Roca, le cap le plus septentrional du continent européen. Moi, je m’en souviens bien de ce cap. Je l’ai passé au cours de la traversée Nazare – Cascais. Je me souviens, surtout de l’effet venturi qu’il génère. De 8 noeuds, le vent est monté à plus de 20 noeuds en quelques secondes. Même pas le temps de prendre un ris. Bien sûr, ce n’est pas suffisant pour me faire chavirer.

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Arrivé à Sintra, mon petit monde commence par se restaurer, puis vient la visite du Palacio National avec ses deux étonnantes cheminées.

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Les autres palais ont été construits sur les collines environnantes. On y accède par la route ou par des chemins pavés, ombragés mais en pente. Mes courageux équipiers ont choisi cette option, profitant de la fraîcheur des sous-bois.

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Ils ont grimpé jusqu’à la forteresse des Maures dont les remparts culminent au-dessus de Sintra.

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Puis ils se sont rendus au Palacio da Pena pour une visite complète de son édifice et de son parc.

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La journée bien avancée et le tarif excessif des entrées les ont décidés à regagner Sintra puis Cascais où je les attendais tranquillement. La nuit qui a suivi, je les ai bien bercés car une légère houle entrant dans la baie, nous faisait tous rouler, mes voisins de mouillage et moi.

Vendredi 28/08 : Je lève l’ancre pour me rendre à Oieras. Je remets le cap à l’est car la marina se situe sur le chemin de retour vers Lisbonne. Je trouve une place, face à l’entrée. Il est préférable de m’amarrer serré car le courant est important en ce début de marée. Le prix de la nuit est assez élevé mais j’ai droit à une réduction de 20% car j’ai séjourné dans la Marina Douro de Porto. Nicole, le sachant, avait gardé la facture. Dans le tarif sont compris : l’entrée de la piscine, une consommation au bar de la Capitainerie et les petits pains frais apportés à mon bord le matin. J’y ai retrouvé mon copain Orca, le voilier de Simon et Nathalie, les Coutançais. Ils ont pris l’avion pour se rendre à leur fête de famille en France. Orca les attend sagement. Nos chemins vont se séparer car Orca descend vers le Maroc pendant que je prendrai une route plus ouest, vers l’île de Porto Santo et sa grande soeur Madère. Mais je compte bien le revoir aux Canaries.
Samedi 29/08 : Il est temps de ramener mon petit monde à Naçoes. Je remonte l’estuaire avec mes fidèles équipiers car leurs enfants veulent profiter de leur dernière journée au Portugal pour se rendre dans le pittoresque quartier Alfama de Lisbonne avec son marché, ses boutiques et son ancien tramway n°28 qui monte ses voyageurs sur la colline qui surplombe Lisbonne. Pendant ce temps-là, je me laisse glisser sans voile, ni moteur, seulement guidé par le courant le long de la rive. Je dois arriver à l’étale de pleine mer devant l’écluse de la Marina de Naçoes. J’ai donc la chance de passer, dans le calme, devant la tour de Belem et tous les autres monuments de la capitale. Je termine ma traversée sous génois et me présente à 16h devant la Marina où, comme la première fois, je reçois un très bon accueil. A 17h mon équipage est au complet. Ce fut une chaude journée, mais sur l’eau, elle a été bien agréable.

image                                   Un bain avec les moyens du bord.

Nicole et Gérard profitent de leur dernière soirée en famille. Olivier se penche sur le problème de l’iridium et installe Windows 7 sur le Mac afin de pouvoir recevoir les mails et les fichiers météo avec Skyfile. Il fallait l’intervention d’un « pro » pour paramétrer cet engin bien compliqué. Nicole fait sa première demande de fichier Grib et çà fonctionne. Merci Olivier pour ta patience et ton aide précieuse.
Dimanche 30/08 : Toute bonne chose à une fin. Il faut à nouveau se séparer. Alicia est une petite fille très sage et toujours souriante. Quand nous la reverrons, ce ne sera plus un bébé. Papy et mamie en ont bien profité toute la semaine. Un dernier au revoir à l’aéroport et chacun reprend son chemin. Certains vers notre chère Bretagne, les autres vers l’inconnu.
Lundi 31/08 : Je dois me préparer pour la plus longue traversée de mon existence : 500 milles me séparent de ma future escale à Porto Santo. Mon skipper et son mousse passent la matinée à refaire le plein de ma cambuse. Pendant que Gérard installe « Hans » le régulateur d’allure, Nicole met à jour sa lessive. L’annexe reprend sa place sur la plage avant. A 17h, je quitte la Marina en même temps que Pocoloco, un voilier cherbourgeois qui se rend aussi à Porto Santo. Nous sommes au plus fort de cette grande marée et le courant nous mène à plus de 8 noeuds vers la sortie de l’estuaire. Avec le vent contre le courant nous sommes accueillis par une mer très désordonnée. Nous sommes tous bien chahutés au-dessus du haut-fond et c’est à ce moment là que l’ancre de Pocoloco décide de sortir de son écubier, suivie par sa chaîne. Malgré tous leurs efforts, Babette et Jean-Claude ne peuvent la remonter. Elle est bien crochetée. Nous ne pouvons pas les aider, seulement les assister. Jean-claude prend, alors, la sage décision de scier la chaîne et libère ainsi notre pauvre Pocoloco, secoué dans tous les sens par cette mer inhospitalière. Il fait nuit lorsque nous arrivons au mouillage calme de Cascais. Pocoloco met à l’eau son ancre secondaire. Il ne reste plus qu’à leur souhaiter, à la VHF, une bonne nuit afin de se remettre de leurs émotions. Nous verrons demain matin ce qu’ils envisagent. Moi, je rêve déjà à ma petite île où l’eau est claire et chaude. A bientôt, après ma traversée.