Le stress des préparatifs

Mars : La maison se vide et moi je me remplis d’outils, de vêtements, d’ustensiles de cuisine. Ma ligne de flottaison disparaît sous l’eau douteuse du port. Il va falloir veiller à m’équilibrer un peu mieux. Vous ne trouvez pas que j’ai un petit air penché ? Pas étonnant, les coffres de rangement sont sous les banquettes du carré et sous les couchettes doubles qui sont situées où ?…..à bâbord….Gérard, je compte sur toi pour rétablir la situation.
Avril : Mes deux tourtereaux sont revenus de leur balade alpine. Dans trois mois c’est le grand départ et, vu la liste posée sur le bureau, plus question de lambiner. Il va falloir s’organiser pour accomplir à la fois les tâches quotidiennes, les derniers rendez-vous ( dentiste, médecin, contrôles sanguins, vaccinations, banque, assurances ), les travaux restants, quelques gros achats, ma mise au sec pour le carénage. Mais ce mois-ci, priorité à l’installation du radar, récemment acquis, et son support. Mon capitaine l’a fixé à l’arrière bâbord, suffisamment éloigné de l’éolienne.

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Mai : Connaissez-vous » l’infarctus des WC » ? C’est une pathologie assez fréquente à bord des bateaux. L’eau de mer, utilisée pour le rinçage de la cuvette, se mélange à l’urine et il se crée une réaction. Des dépôts calcaires se forment sur la paroi du tuyau d’évacuation et rétrécissent le conduit. Le mal me ronge depuis l’année dernière. Mon chirurgien préféré, assisté par son fils Yann, a tenté l’intervention délicate. Il a commencé par extraire mon réservoir d’eaux noires qui risquait de percer faute à une incompatibilité entre l’inox de la soudure et celui du réservoir. Puis, ayant découvert une petite fuite sur l’un des tuyaux, il a jugé qu’il était plus prudent de remettre tout à neuf. Non content de m’avoir rajeuni, il m’a modernisé en m’installant une pompe électrique. Nicole crie haut et fort sa joie de ne plus avoir à pomper une dizaine de fois pour un simple « pipi ».

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Le suintement d’eau de mer par la petite fente, a fini par attaquer quelques lisses situées sous les toilettes. Mon capitaine et son mousse ont donc entrepris d’éliminer toute trace de rouille en grattant la tôle et en appliquant plusieurs couches de peinture époxy. Ce ne fut pas facile dans cette zone peu accessible. Gérard pouvait se féliciter d’avoir eu la sagesse de suspendre tout mon aménagement intérieur. En effet, aucune cloison ne repose dans mes fonds. Tout écoulement ( comme la condensation ) glisse le long des membrures, passent par des anguillers et arrive dans le puisard situé au point le plus bas ( dans le saumon ) et qui peut être vidé par une pompe toujours à poste.

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Juin : C’est l’effervescence à mon bord. Je vis mes dernières semaines au ponton K7 du port du Hérel et je suis loin d’être prêt pour ma longue escapade. Le 8 juin, rendez-vous est pris avec le grutier pour me sortir de l’eau. Ce jour-là un vent de nordet souffle à plus de 20 noeuds et rend la manoeuvre plus difficile. Néanmoins à 15h me voilà bien calé au dessus de la fosse. Yann, muni d’un nettoyeur haute pression, loué pour la circonstance, entreprend de me libérer de toutes ces algues disgracieuses. Gérard inspecte minutieusement ma coque. La dernière fois, en mai 2014, il avait remarqué l’apparition de petites cloques sous l’antifouling. Ils les avaient grattées et avait ensuite appliqué un enduit approprié. Cette année, il m’a promis un vrai lifting. On dit qu’il faut souffrir pour être beau. Eh bien je devrais être magnifique. Le jeudi, ils s’y sont mis à cinq ! Ils m’ont écorché vif. Sous ma coque toutes les couches de peinture érodable avaient disparu. Je me sentais nu comme un ver. Gérard était rassuré. Il n’a constaté aucune trace de corrosion. Les jours suivants furent consacrés au ponçage puis à l’application de trois couches de peinture époxy, d’une couche d’intermédiaire et enfin de deux couches d’antifouling.

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Mon propulseur d’étrave a eu droit à une nouvelle hélice, Les ailettes de l’ancienne étaient usées par le passage d’objets flottants dans le port.

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Vivre deux semaines sur un bateau, au sec, dans un chantier, n’est pas un moment agréable pour ses occupants. Même si ce chantier a une vue imprenable sur la baie du Mont Saint Michel.

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Quel plaisir de retrouver l’eau trouble du port et mon ponton. Un grand nettoyage intérieur et extérieur par une belle journée estivale et me voilà, à nouveau, tout pimpant.
Nous sommes encore en juin et les travaux ont bien avancé. Il faut que je vous présente « Hans » , notre régulateur d’allure. Il est allemand, d’Hambourg, plus exactement. C’est un Windpilot Pacific pour les connaisseurs. Nous comptons sur lui pour barrer durant les grandes traversées. Chut ! Je ne voudrais pas froisser « Philibert », le pilote automatique mais Gérard m’a confié, l’autre jour, qu’il avait plus confiance dans « Hans » qui ne possède ni électronique, ni hydraulique que dans « Philibert »qui est très gourmand en énergie.

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Gérard a également installé une barre articulée, au niveau du portique. Elle permettra, avec un système de poulies, de relever plus facilement l’annexe et son moteur quand je serai au mouillage. Nos nuits n’en seront que plus sereines.

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Juin prend fin, la France est en « alerte canicule ». La Normandie n’y échappe pas. Mon skipper a trouvé une façon économique pour se parer de l’effet néfaste du soleil. Il se glisse dans le local moteur et n’en ressort que parfaitement huilé ! L’odeur d’huile chaude mélangée au gasoil et l’exiguïté de la zone en question ont motivé Nicole à quitter pour un temps son cher époux. Alicia, née le 19 mai dernier, apprécie la venue de sa mamie.

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Alicia

Juillet : Mon moteur est vidangé, totalement révisé. Gérard a également démonté l’échangeur qui avait besoin d’un bon nettoyage. J’ai hâte de l’entendre à nouveau ronronner.. Je commence à m’impatienter. La famille et les amis viennent nous distraire et nous souhaiter « bon vent ». Nicole leur fait part de l’existence de mon blog et, avec mon consentement, leur confie fièrement son adresse. Vous, qui lisez ces lignes, je vous remercie de cette gentille attention à mon égard. N’hésitez pas à laisser un commentaire, mon interprète me les transmettra.
Depuis plusieurs jours, il n’y a plus de connexion internet au port du Hérel. Cet article attend d’être mis en ligne. Ce contretemps risque de se renouveler durant le voyage. Je possède une antenne amplificatrice, mais encore faut-il qu’elle puisse capter des ondes wifi. Sinon, Gérard et Nicole n’auront plus qu’à chercher un cybercafé. Pour la circonstance, ils pourront rôder leurs beaux vélos pliants.