Ma traversée du Golfe

Dimanche 19 juillet : Je suis amarré, depuis hier, sur une bouée, à l’extérieur du port de Camaret, mais, néanmoins bien abrité. Le vent de SW s’est levé. L’annexe est à l’eau et mon équipage en profite, ce matin, pour faire quelques courses, un petit tour de marché, une tournée de lessive et une bonne douche.

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Ils ont bien fait car l’après-midi s’avère pluvieuse. A l’intérieur, Nicole essaie de relier l’iridium à son ordinateur pour ouvrir une boîte mail, elle appelle à la rescousse ses deux gendres. Elle finit par abandonner, vaincue. Elle se trouve devant deux problèmes. Le premier : Skyfile Mail n’est pas compatible avec le Mac. Le deuxième : la station d’accueil de l’iridium qui est reliée à l’ordinateur ainsi qu’à l’antenne extérieure, n’est pas reconnue par le Mac. Il faut installer un driver, mais celui-ci n’existe que pour Windows XP et Vista. Une chance que Gérard ait embarqué son vieux PC, il va pouvoir reprendre du service. Le mousse compte sur les navigants informaticiens, pour lui venir en aide.De son côté, Gérard, aussi, a des soucis. Quel gaspillage ! Le moteur hors-bord de l’annexe rejette à l’eau une partie de l’essence versée dans son réservoir. Il a démonté le carburateur mais il fuit toujours.
Lundi 20 juillet : En Bretagne, il ne pleut pas….. il tombe de l’iode ! Eh bien, je suis hyper-iodé. Une journée automnale. J’ai vraiment hâte de descendre Sud.

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Ce qui me console est que je vois que mon équipage s’active. Nicole a pris la météo sur Zygrib, Météofrance, Météoconsult, Weather 4D, Windity……j’en oublie peut-être ! Un fenêtre météo favorable se profile les trois prochains jours avant l’arrivée d’une nouvelle perturbation. Bon, Yanmar sera sollicité mais c’est ça ou on s’englue à Camaret. Le choix est vite fait pour moi. Gérard se rend chez le mécanicien Suzuki pour être conseillé avant un démontage plus complet. Il lui confirme que la fuite doit provenir du pointeau qui doit être bloqué ouvert. Ouf ! il reporte ce travail, il s’en occupera en Espagne.
Nicole se rend chez la coiffeuse pour une coupe appropriée à la vie en mer. Elle fait les dernières courses en produits métropolitains.
Mardi 21 juillet : Avant le départ, mon équipage me déplace pour m’accoster au ponton du port de plaisance. L’annexe est montée, à l’envers, sur le pont avant. Ensuite, Hans, le régulateur, est sorti des fonds et reprend sa place sur le tableau arrière.

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Je suis prêt pour la navigation hauturière. Un dernier SMS aux enfants, avant d’éteindre le mobile.
A 12h45 précises, je largue les amarres sous un soleil à faire pâlir les sudistes ! Il faut que je me presse pour passer le Raz de Sein à l’étale de basse mer. Yanmar est mis à contribution.

image                                          Pointe de la presqu’île du Crozon

 

Gérard installe, pendant la navigation, le filet, au niveau de la jupe. En effet, l’annexe n’est plus là pour assurer la sécurité. Je suis doté d’une plage arrière très large et surtout ouverte, et, Nicole n’apprécie pas toujours de voir la mer lécher la marche ( au dessus, c’est le plancher du cockpit)…….et ses pieds.

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J’atteins le Raz à 16h, le courant est déjà renversé, une barre se forme, l’eau bouillonne. Wouahhh ! C’est impressionnant ! Ma vitesse chute de 5 à 2,4 noeuds. Il me faudra une heure pour sortir de ce chaudron. Je ne vous félicite pas, mon capitaine et votre subalterne, vous auriez pu partir plus tôt ! A 17h je sors enfin de ce courant et je cours, à 5 noeuds, sur l’océan Atlantique, laissant derrière moi s’éloigner la côte française. Il fait beau, la mer est soulevée par une houle ample et haute de SW. Le vent, lui, est d’ouest mais pas assez fort pour me propulser uniquement sous toile. Le prochain « waypoint », au large de La Corogne, est situé à 307 milles. Mon skipper et son mousse prennent le rythme des quarts de 3h. Le premier quart, de18h à 21h, revient à Gérard. Nicole va se reposer pour prévenir la fatigue d’une nuit coupée par les moments de veille. A 20h, les lignes sont à poste; les thons n’ont qu’à bien se tenir !
J’ai une pensée toute particulière pour ces juillettistes qui galèrent dans les embouteillages. Ici, c’est le désert. A la sortie du Raz, j’ai fait un petit bout de chemin avec deux voiliers dont le compte-tour du moteur devait être réglé à un chiffre supérieur, car ils m’ont distancé et je ne les ai plus revus.

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Mercredi 22 juillet : Je n’ai pas grand chose à vous raconter de la nuit. Le rythme des quarts s’installe, pour mon équipage. Le ciel étoilé, au début, s’est trouvé obscurci par une couverture nuageuse mais le vent reste stationnaire, toujours plein ouest. Ce n’est que vers 6h30 que Gérard peut, enfin, arrêter la machine. Je poursuis mon chemin au prés serré, sous GV et génois. Je quitte le talus continental pour les grandes profondeurs ( de 400m, les fonds passent à 4500m ). Des dauphins noirs et blancs ( je suis habitué aux grands dauphins gris de la baie du Mont-Saint-Michel ) convergent vers moi. Ils m’accompagnent un petit moment puis repartent. La mer a changé de couleur, elle est d’un bleu plus soutenu, plus limpide. Le ciel est nuageux mais la température est douce. Mes occupants ont rangé leur polaire pour la journée.
Gérard entreprend des réglages sur Hans. Depuis le départ, c’est le fidèle Philibert, le pilote automatique, qui me guide. Mais Hans ne sera pas mis à contribution car certains écrous doivent être resserrés et la houle s’y oppose. Ce sera pour plus tard.
Ce soir, Nicole envoie ses premiers SMS avec le téléphone satellite. Tout va pour le mieux.
Jeudi 23 juillet : Quelle nuit magnifique, je me suis offert une navigation sous une myriade d’étoiles. Dommage que la faiblesse du vent nous ait obligés à solliciter….vous savez de qui je parle….mais n’éveillons pas les susceptibilités. C’était grandiose, cette voie lactée pour moi tout seul. Cela me rappelle une nuit de fin d’été à Chausey. La photo, mise en en-tête de ce blog, a été prise cette nuit-là par Olivier.
Le vent de NW, du début de journée, est passé Est cet après-midi. Pour l’instant, les prévisions météorologiques se sont avérées exactes. Le ciel, sans nuage, se couvre par l’ouest. A 12h30, il ne reste plus que 100 milles pour atteindre notre point programmé. Gérard, toujours sensible à la moindre anomalie, perçoit un « bip » non coutumier. Il provient de l’iridium. Une réponse au message d’hier soir est arrivée.
Vendredi 24 juillet : La nuit a été un peu plus chaotique. Je ne savais plus quel cap suivre. Mon GPS me demandait de continuer au 213°, alors que le vent me poussait à faire une route plus Est. La bataille fut remportée évidemment par l’élément naturel et je dus poursuivre une route Sud. Reportée, l’escale à La Corogne; direction, la Ria de Viveiro.
En arrivant sur le plateau continental, je suis malmené par une mer hachée. Le vent du SW me ramène des effluves d’eucalyptus. La côte est proche, les phares m’en préviennent par leurs éclats. Les masses sombres du relief montagneux de la Galice se dessinent à l’horizon. Le lever du jour se fait attendre, le ciel est bas et c’est sous une petite pluie que je fais mon entrée dans la Ria de Viveiro. Un mouillage calme, devant une plage, s’offre à ma disposition. J’y plonge mon ancre et envoie mon équipage, fatigué par cette dernière nuit, faire un séjour dans les bras de Morphée…….

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